Ecrivain paysan, Bernard Bertrand est à l'origine des éditions de Terran et voue sa vie à collecter, apprendre et mettre en pratique des savoirs traditionnels respectueux de la nature. Actuellement, il occupe également la fonction de porte-parole de l'association des Amis de l'ortie.
Univers-nature - Un petit historique s’impose me semble-t-il ?
Bernard Bertrand -Oui, en fait en tant qu’utilisateurs et promoteurs de produits naturels non homologués, depuis 4 ans, nous savons que nous avons une épée de Damoclès sur la tête. Jusqu’à présent, on ne savait pas ce qui nous attendait, mais là, effectivement, une nouvelle étape vient d’être franchie.
Nous avions demandé à l’époque une évolution de la loi, avec la prise en considération des orties et autres produits utilisés en agriculture biodynamique, pour qu’ils fassent l’objet d’une certification spéciale faisant mention de leur nature.
Le problème c’est que ces produits ne sont pas homologués et même, à notre avis, pas homologables dans l’état actuel des choses, dans la mesure où les homologations sont fournies par une commission qui est composée essentiellement de producteurs de produits phytosanitaires chimiques de synthèse. Il n’y a aucun producteur de produits phytosanitaires naturels dans cette commission… Aussi demandons-nous à ce qu’ils soient représentés, ainsi que les associations de consommateurs.
On a contacté le ministère de l’agriculture, toutes les instances, on a participé a des réunions de concertations qui n’ont strictement servi à rien. La seule réponse que nous apportent aujourd’hui les pouvoirs publics, c’est la mise en place d’un système répressif sous prétexte d’un décret, prenant effet au 1er juillet 2006, qui interdirait a quiconque de commercialiser, de divulguer des recettes, et même de parler de produits qui ne seraient pas homologués. Bien sûr tout cela est aberrant, tous ces produits sont des produits populaires qui sont utilisés depuis la nuit des temps par les jardiniers, c’est donc la mémoire collective qui est touchée.
On nous empêche de transmettre des savoirs qui font partie de notre mémoire à tous. C’est le droit à l’information du consommateur qui est touché aussi. C’est également le droit à la diffusion de l’information, pour le journaliste, qui est attaqué gravement. Un journaliste, par exemple, ne peut plus donner une recette de tisane de tilleul ou dire que de la simple eau chaude pourrait servir de désherbant sur une allée. Même là, vous, en me donnant la parole ainsi, vous êtes sous le coup de la loi puisque nous parlons de ces produits.
Ce sont véritablement les libertés fondamentales qui sont touchées aujourd’hui, et c’est pour cela qu’on se mobilise un maximum pour essayer de trouver une parade à cette situation.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette homologation, car homologuer des préparations réalisées à partir d’éléments naturels, aux effets reconnus et utilisées depuis nombre d’années, semble presque tomber sous le sens ?
Une homologation ce sont des démarches très longues et très coûteuses : plusieurs années de mises en expérimentation et des dizaines de milliers d’euros de coût pour des produits qui on fait leurs preuves depuis des siècles, pour des produits dont on n’a pas besoin de faire d’étude de toxicité comme pour un produit à base d’arsenic ou de je ne sais quels autres produits nocifs.
En fait, appliquer le processus d’homologation classique c’est appliquer à des produits naturels, qui ont tout un historique derrière eux, la même réglementation qu’à des produits chimiques de synthèse dont on ne sait absolument rien et dont on découvre, dix ans, vingt ans après une utilisation intensive, qu’ils constituent un danger pour la santé et l’environnement.
En outre, on sait aujourd’hui que 90 % des produits mis officiellement sur le marché par la commission d’homologation présentent une toxicité telle qu’ils devraient normalement être retirés du marché… A l’inverse, nos produits ne sont pas dangereux. Jamais ils n’ont mis en danger la santé publique, il apparaît donc illogique de leur appliquer une homologation aussi lourde que celle qu’on applique aux produits chimiques de synthèse.
Cette homologation a été mise en place par les pouvoirs publics pour, soit disant, protéger les consommateurs, mais elle ne protège personne d’autre que les intérêts des multinationales qui en payant ces droits de produire, achètent aussi des droits de polluer sur le dos des consommateurs qui eux, aujourd’hui, n’auraient plus le droit d’utiliser des produits naturels pour traiter leur jardin.