La multiplicité des représentations liées aux grands prédateurs fait de ceux-ci l’objet de nombreuses appropriations. Le loup, le lynx et l’ours sont alors emblématiques de combats différents. Face à ces intérêts qui divergent, les grands prédateurs ont des difficultés à bénéficier d’une politique de protection efficace. Pourtant, les textes de lois, qu’ils soient internationaux, européens ou français, reconnaissent que cette protection est d’intérêt général. L’organisation éclatée de l’action publique, et surtout les incohérences de fond et de forme de la gestion des superprédateurs participent au manque d’efficacité et de clarté des politiques environnementales. Les conflits sont en conséquence entretenus et l’installation définitive du loup, de l’ours et du lynx sur notre territoire est d’autant remise en cause. La nécessité de mettre en place une cohérence semble donc incontournable. La coopération avec les autres pays soumis à la même problématique peut constituer un atout dans la mesure où les compétences de divers spécialistes peuvent être réunies et les expériences de chacun profiter aux autres. En outre, la consultation de la population et la concertation organisée entre les différents acteurs concernés sont absolument indispensables, même si elles se révèlent souvent difficiles à gérer.
La problématique liée à l’installation définitive des grands prédateurs en France est révélatrice de problèmes plus profonds dans la mesure où ces espèces sont fortement chargées symboliquement.
En effet, le débat sur les rapports que l’homme entretient avec son environnement, et plus particulièrement avec la nature est de nouveau d’actualité. C’est l’éternelle question philosophique du choix entre Nature et Culture. Jean-Claude GENOT, dans son ouvrage Ecologiquement correct ou protection contre nature? (Edisud, p.136, 1998). écrit à ce propos : La protection de la nature ne se situe plus seulement sur le terrain technique et scientifique mais doit désormais aborder le débat de société sur la place de l’homme dans la nature.
La protection des grands prédateurs est souhaitée par la population dans sa large majorité. Pourtant, à travers les oppositions locales des éleveurs, bergers et chasseurs, on comprend que la question n’est pas si simple. L’organisation d’un vaste débat public sur nos relations avec la nature peut donc trouver sa place et sa justification au travers de la résolution de la problématique des grands prédateurs. Face à l’engouement croissant de la population envers la protection de l’environnement, il semble même impératif de veiller à se poser aujourd’hui les questions relatives aux conséquences, positives ou négatives, d’un tel choix. Il ne s’agit plus seulement de reconnaître une nécessité écologique et scientifique à la protection de la nature, mais aussi et surtout de prendre en compte les enjeux que cette protection fait peser sur l’humanité et son mode de fonctionnement jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi, nous assisterons peut-être à un changement profond de notre société vis-à-vis de ses rapports à la nature. Quoi de plus étonnant pour des espèces depuis toujours emblématiques ? Le loup est d’ailleurs considéré par de nombreuses mythologies comme le passeur d’un monde à l’autre. Le Dieu Loup Oupouaout de l’Egypte ancienne n’est-il pas l’ouvreur de voies, guide protecteur lors du passage périlleux et ténébreux d’un cycle à un autre ?
Remerciements
F. Englebert (FNE - Mission Loup)
J.M. Vandel (ONC réseau Lynx)
Parc National des Pyrénées
FIEP (Fonds d’Intervention Eco-Pastoral)
Réseau alpin - service grands prédateurs
FNE (France Nature Environnement)
P. Olsfon (KORA)
Réseau LIFE Nature
Réalisation du dossier
Rédaction et recherche de la documentation : C. Caudmont et P. Farcy